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La capitale des émirs recouverte par la grisaille et les cendres

Deir el-Qamar, cerné par le feu, perd la majorité de ses espaces verts

Deir el-Qamar est zone sinistrée. Les incendies monstres qui ont ravagé de grandes parties du pays l’ont très durement frappé. Dans le village dévasté, on longe facilement des kilomètres de bois ravagés et couverts de suie, des deux côtés de la route. L’odeur de brûlé est suffocante. Les maisons n’étant pas à l’abri, plusieurs d’entre elles ont été touchées partiellement ou alors détruites. Sur le bord des routes, des motocyclettes ou des voitures calcinées. On a également enregistré quelques cas de blessures et les habitants des maisons très exposées ont été évacués par la Croix-Rouge, la Défense civile, l’armée et d’autres organismes actifs sur le terrain. Mais l’ampleur du désastre n’était que trop visible hier dans la journée, peu après que l’incendie eut été plus ou moins maîtrisé : sur le plus haut point du village, dans la région dite « de la croix » (en raison d’une immense croix qui y a été érigée), un coup d’œil sur le flanc de la montagne révèle une étendue noire d’arbres qui ne sont plus que l’ombre d’eux-mêmes.
La violence du sinistre a surpris les habitants de Deir el-Qamar. Il s’agissait en effet d’une sorte de catastrophe en deux temps. Portant un masque autour du cou, les mains et les habits couverts de suie, Fadi Honein, vice-président du conseil municipal, explique à L’Orient-Le Jour le déroulement des événements, qu’il a suivis sur le terrain avec les pompiers et les secouristes. « L’incendie a une seule origine, et a pris naissance dans la vallée, en contrebas de Deir el-Qamar, raconte-t-il. On m’a appelé une première fois hier (lundi) à 20h30, alors que j’étais à Beyrouth. Vers 1h30, nous avons cru avoir maîtrisé le sinistre. C’était sans compter le vent, qui a aggravé la situation. Vers 5h, j’ai été de nouveau sollicité : le feu avait repris de plus belle, et cette fois, il avait traversé toute la vallée puis atteint l’autre bord de la route, pour s’étendre ensuite sur tout le flanc de la montagne, évoluant dans tous les sens. En un mot, Deir el-Qamar a été cerné d’un anneau de feu.»
M. Honein estime que non moins de 70 % des espaces verts de la localité sont partis en fumée, et déplore la perte de milliers d’arbres très âgés, notamment des pins, des oliviers et autres arbres fruitiers. « C’est une catastrophe écologique majeure, et sanitaire aussi, en raison de ce que les gens seront condamnés à respirer après un tel incendie », souligne-t-il. Il ajoute que d’autres incendies plus petits avaient éclaté il y a quelques semaines, qu’ils étaient d’origine criminelle et que l’un des coupables avait été démasqué. Mais il a refusé hier de trancher la question de savoir si ce sinistre était d’origine criminelle ou le résultat d’une négligence quelconque.
M. Honein raconte la difficulté extrême de faire face à une catastrophe de cette ampleur, avec des moyens somme toute modestes. « À plus d’une reprise, nous nous sommes retrouvés dans une situation où nous étions débordés, entourés par les flammes de toutes parts, obligés de battre en retraite, dit-il. La Défense civile n’a pas les moyens nécessaires de sécuriser tout le village. Nous aurions aimé recevoir davantage d’aide, mais l’armée a dit que les hélicoptères ne pouvaient survoler la région en raison de la force du vent. »
Le responsable municipal met l’accent également sur un autre problème résultant de l’incendie monstre : l’électricité, les lignes téléphoniques et l’eau qui risquent d’être coupées pour longtemps. En effet, partout dans les ruelles et aux lisières des bois carbonisés gisent des poteaux noircis, des fils électriques coupés et des tuyaux d’eau fondus. L’ampleur des dégâts risque donc d’être encore plus importante qu’on ne le penserait à première vue.

Des maisons dévastées
Parce que des dégâts, il y en a eu après le passage des flammes. Si le centre historique du village est resté intact, certaines demeures ont été touchées et des propriétés personnelles détruites. La plupart des pertes ont consisté en la destruction de larges étendues d’arbres fruitiers, source de subsistance pour beaucoup d’habitants de la région.
Ibrahim Youssef Frem Boustany et sa femme Mona ne l’ont expérimenté que trop. Il reste peu de choses de leur maison située dans la vallée, et d’où ils ont été évacués par la Croix-Rouge au petit matin. La mère de trois enfants nettoie autant que possible son salon dévasté, inondé de l’eau provenant du réservoir en plastique qui, placé sur le toit, a fondu au contact des flammes. Les murs sont noircis, les rideaux carbonisés ont été abandonnés par terre, les fenêtres en bois de cette maison ancestrale n’ont plus de cadres. « Il ne reste plus rien, venez le constater par vous-même », dit-elle, un sanglot dans la voix.
Lui, un simple employé, semble ne pas pouvoir détourner ses yeux de son jardin massacré. Il nous emmène faire un tour dans la grisaille. « Ici, il y avait des pommiers, là des grenadiers, là encore des oliviers », répète-t-il. Il est clair que pour lui, la perte financière, quoique lourde, n’est pas la seule à tarauder son esprit. « Combien de temps faudra-t-il avant de revoir des arbres pareils dans ce lopin de terre ? » se lamente-t-il. Une dizaine de poules sont mortes carbonisées sur le toit, prisonnières de leur cage. Pendant qu’Ibrahim nous parle, un arbre carbonisé craque et s’effondre, comme pour marquer encore plus le caractère dramatique de la journée.
Un peu plus loin, un autre habitant, Jamil Iklimos, rappelé d’urgence de la ville, a eu la douleur de voir ses oliviers partis en fumée, bien que sa maison ait été miraculeusement préservée. « J’ai perdu une cinquantaine d’oliviers, sans compter d’autres arbres forestiers », déplore-t-il. Pour lui, la récolte qui devait se dérouler bientôt était un apport financier important, en raison de l’huile produite. « Nous ne pouvons plus rien en attendre », dit-il, montrant quelques olives désintégrées au creux de sa main. Wassim Boustany, un troisième habitant, nous montre, lui aussi, une partie de son terrain, adjacent à sa maison, ravagé par les flammes.
Après avoir paré au plus urgent, c’est-à-dire la lutte contre les flammes, il faudra bien penser aux fonds nécessaires pour réparer les dégâts et aux indemnités à l’intention des particuliers lésés. M. Honein affirme que la municipalité aura certainement besoin d’être soutenue pour réparer les immenses dégâts. Il ajoute que le président de la municipalité, Dory Chamoun, suit cette affaire de près à partir de l’étranger où il se trouve provisoirement pour des raisons familiales.
Il reste que certaines pertes sont difficilement récupérables : les vieilles forêts, devenues si rares, les arbres centenaires, avec leur valeur écologique, l’histoire qu’ils renferment et l’importance qu’ils revêtent pour un pays jadis vert, et de plus en plus aride, perdant à chaque sinistre un peu plus de son identité naturelle.
Suzanne BAAKLINI  
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PATRIARCAT   MARONITE

D’ANTIOCHE et de TOUT  l’ORIENT

                 Bkerké – LIBAN

                 

          Le 30 Novembre 2007

 

         Cher Monsieur Chucri,

 

 

J’ai bien reçu votre message du 29 courant, m’annonçant la création de l’association ALSACE–LIBAN, dont l’objet est de renforcer les liens entre cette région française et notre pays, tous les deux chers à nos cœurs. Vous m’apprenez aussi que la première activité que vous comptez lancer, après l’annonce de la création de l’association, est un projet d’aide au reboisement de la Colline de la Croix à Deir  el Kamar, totalement ravagée par un incendie en octobre dernier.

 

Ce fut en effet, une véritable catastrophe qui s’abattit sur de nombreuses régions du Liban, et réduisit en cendre une grande partie de ses forêts. Tout ce qui pourrait être fait pour réparer les dégâts dans ce domaine, et sauvegarder ce qui reste d’espaces verts, serait bien venu.

 

C’est donc avec plaisir que je bénis votre initiative, vous félicite pour la création de cette association, vous remercie, ainsi que vos collaborateurs, les membres de votre comité de soutien et tous vos bienfaiteurs, pour tout ce que vous pourrez faire en faveur de la région de Deir el Kamar ou d’autres régions libanaises. Cela ne pourrait que renforcer les liens séculiers entre nos deux pays, et intensifier la recherche de la paix et de la fraternité.

  

Puisse le Seigneur vous combler tous de ses bénédictions paternelles !

                                                     

 

                            + Nasrallah Pierre Cardinal SFEIR

                             Patriarche d’Antioche et de Tout l’Orient         

 

 

 

 

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Nº 2604 du Vendredi 05 Octobre 2007

Catastrophe


Incendies Les cendres du Liban

Peut-on parler d'incendies accidentels, peut-on écarter toute possibilité d'actes criminels? L'enquête, si enquête il y aura, révélera peut-être les causes de ces feux qui ont tout brûlé sur leur passage, du Sud au Nord.

C'est de Deir al-Qamar au Chouf que tout a commencé. Dans la nuit du lundi au mardi, les flammes ont illuminé le ciel de la montagne. Beiteddine n'y a pas échappé. Plus de trente localités ont ainsi été victimes des incendies en l'espace de quarante-huit heures. De Aley à Dhour al-Choueir, de Qobeyate et Andkit au Akkar, à Amchit, des millions de mètres carrés de forêts sont partis en fumée. En l'espace de deux jours, le Liban a perdu une grande partie de sa verdure et revêtu une triste grisaille. Un premier bilan fait état d'une quinzaine de personnes souffrant de blessures et de brûlures, d'autres sont soignées pour des problèmes respiratoires. Des maisons ont été touchées. Les appels sont lancés de partout, tandis que la Défense civile et l'armée essayaient, tant bien que mal et avec leurs moyens qui restent faibles, d'éteindre le feu et de réduire les dégâts. Les hélicoptères militaires ont survolé les surfaces sinistrées tout au long de la journée. Mais ils n'ont pas pu continuer leur travail dans la nuit, n'étant pas équipés pour cela. Tandis que la Défense civile et les pompiers luttaient de toutes leurs forces contre la catastrophe, on a vu des habitants de toutes ces régions tenter, eux aussi, d'intervenir à coups de seaux d'eau. Alors qu'à l'aube de mardi dernier, on pensait avoir réussi à maîtriser les incendies, le vent aidant, ils reprenaient dans la nuit avec encore plus de force. Le ministre de l'Intérieur a fait appel à l'Italie qui a mis à la disposition du Liban deux Canadair.
Plusieurs questions restent posées: ces incendies qui ont ravagé le Liban étaient-ils criminels ou accidentels? Pour quelles raisons le feu a-t-il pris dans quasiment toutes les régions libanaises? Y aura-t-il ou non une enquête? Et, enfin, ce sinistre poussera-t-il le gouvernement à se prémunir contre ce genre de drame? Toutes ces questions sont légitimes dans le climat de psychose du complot et de panique dans lequel vivent aujourd'hui les Libanais. Les sinistres se multiplient et les moyens d'indemniser les victimes se font de plus en plus réduits. Ainsi va le Liban, en espérant des jours meilleurs. *

 

 

 

Le vent attise les foyers mal éteints

Les incendies reprennent au Chouf et à Aley


 

Les incendies de forêts ont repris hier au Chouf et à Aley, pour la cinquième journée consécutive. Attisées par le vent, les flammes ont pu quand même être circonscrites grâce à la collaboration entre l’armée, la Défense civile et la population, sans oublier le précieux soutien aérien de pays amis comme Chypre, l’Italie et la Jordanie. Mais il n’en reste pas moins que ces incendies, qui ont éclaté en même temps dans de nombreuses régions du Liban, sont une véritable catastrophe nationale. Les espaces verts et boisés du pays se réduisent, comme peau de chagrin, sans compter les dommages subis par les habitants, qui ont perdu leurs maisons, leurs champs, leurs vergers ou leurs terres.

Extrait de L'Orient Le Jour

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